Isabelle d’Este, Mécène et protectrice des Arts.

Tiziano Vecellio dit Titien, Portait de Isabelle d'Este, 1536, 102 × 64 cm, huile sur toile, Vienne, Kunsthistorisches Museum

Dans l’Italie du 15e siècle, le pouvoir et la culture cohabitent. Divisée en principautés et duchés, la péninsule est un champ de bataille consacré aux luttes des grandes dynasties italiennes : Médicis et Strozzi à Florence, Montefeltre à Urbino, les Estes à Ferrare et les Gonzague à Mantoue…

La famille Gonzague est, dans la seconde moitié du 15e siècle, un exemple de sagesse et de solidarité. Le marquis François II de Gonzague, fils de Frederic Ier de Mantoue, alors Condottiere, s’unit en 1490 à la princesse Isabelle d’Este.

Isabelle d’Este (1474 – 1539) s’inscrit dans le quattrocento comme mécène et protectrice des arts, a Mantoue, formant un couple avec François II tout à fait respectable et loyal, contrairement a la tendance de leurs contemporains.

Entourée à sa cour des plus grands peintres et écrivains, elle constitua une petite, mais très précieuse, collection de peintures. Ses nombreux portraits témoignent de sa grande beauté, tandis que sa correspondance révèle sa connaissance des arts et son talent d’observation.

Peu après son mariage, la marquise de Mantoue entreprend l’aménagement, dans le piano nobile (étage noble) du palais ducal de Mantoue, il Castello si San Giorgio, une sorte de cabinet de travail, du nom de Studiolo.

Elle passe alors une commande de quatre tableaux monumentaux sur le thème de la victoire des vertus sur les vices pour son studiolo, au peintre de la cours de Mantoue, Andrea Mantegna. Le peintre déjà âgé réalise entre 1496 et 1497 Le Parnasse, puis Minerve chassant les vices du jardin des vertus entre 1500 et 1502, aujourd’hui conservés tous deux au Musée du Louvre à Paris. À la mort du peintre en 1506, la commande est transmise au nouveau peintre en vogue à la cours, Lorenzo Costa, livrant en 1506 Isabelle d’Este dans le royaume d’Amour et en 1511 Le règne de Comus.

Leonard de Vinci, Portrait de femme de profil tournée vers la gauche dite "Isabelle d'Este", 1499, 63x46 cm, Musée du Louvre, Paris

Afin d’alimenter sa collection, Isabelle d’Este sollicita des peintres comme Giovanni Bellini ou Leonard De Vinci (dont on peut voir un portrait ci-contre). Elle obtiendra pour son Studiolo en 1506 de le Pérugin Le combat de l’amour et de la chasteté, ainsi qu’en 1530, deux allégories du peintre Corrège, l’Allégorie des Vertus et l’Allégorie des Vices.

Comme nous pouvons le voir à travers les titres des œuvres mentionnées, il semblerait qu’il y ait eu une thématique bien précise abordée par les peintres du Studiolo d’Isabelle d’Este. L’histoire ne dit pas qu’il y ait eu un programme iconographique prédéfinit autre que la sublimation des vertus face aux vices mais il paraîtrait cohérent que, derrière ces différents chefs d’œuvres se cache un idéal de moral que voudrait glorifier la marquise de Mantoue, Isabelle d’Este.

Vous trouverez ici une contre-analyse du studiolo d’Isabelle dans l’ouvrage intitulé The rediscovery of antiquity: the role of the artist et rédigé sous la direction de Jane Fejfer, enseignante à l’Université de Copenhague. L’auteur Beth Cohen, archéologue américaine spécialisée dans l’Antiquité classique, démontre que ce studiolo occupait une place importante dans le domaine des arts grâce à son style antique et à l’iconographie privilégiée par les Gonzague.

Ainsi qu’une description du Studiolo à travers le cartel des tableaux de Mantegna pour l’exposition qui a eu lieu en 2008 au Musée du Louvre. Le texte a été rédigé par Arturo Galansino, collaborateur scientifique au département des Peintures du musée du Louvre, et par Dominique Thiébaut, conservateur général au département des Peintures du musée du Louvre.

Vous pouvez aussi découvrir l’extrait d’un ouvrage s’intitulant Virtue, liberty, and toleration: political ideas of European women, 1400-1800 qui se présente comme un recueil d’articles, rédigé sous la direction de Jacqueline Broad et Karen Green, toutes deux enseignantes au département de philosophie et de bioéthique à l’Université Monash en Australie. L’auteur, Carolyn James, maître de conférences en études italiennes à l’Université Monash, traite des valeurs morales défendues par Isabelle d’Este à travers les oeuvres de son studiolo.

Rose Marie San Juan, professeur agrégée au département d’Histoire de l’Art, d’Arts visuels, et de Théorie à l’Université de Colombie-Britannique publie en 1991 un article dans l’Oxford Art Journal sur le très controversé personnage d’Isabelle d’Este.  C’est un article très intéressant qui explore la démarche de la marquise pour le Studiolo : Soumise à de nombreuses représentations négatives, elle tente de revendiquer son statut de femmeElle fait construire son studiolo qu’elle décore de tableaux soigneusement choisis. Ces oeuvres dissimulent des significations sous-jacentes qui échappent à la censure pratiquée par la Cour de Mantoue, et notamment son époux. Certains disent que la Vénus du Parnasse peint par Mantegna représentait Isabelle d’Este évoquant la chasteté. Dans une quête d’idéalisation de son image, elle aurait alors décidée de faire peindre Minerve chassant les vices par le même peintre où la chasteté est associée à l’apprentissage. L’article est consultable sur JSTOR

À propos de mantegna13

Nous sommes quatre étudiantes en deuxième année de Licence d'Histoire de l'Art à la Sorbonne Paris 1. Dans le cadre d'un cours de Ressources Numériques inclus dans notre programme, nous avons pris l'initiative de créer un blog sur le tableau d'Andrea Mantegna intitulé Minerve chassant les vices du jardin de la vertu et conservé au Musée du Louvre à Paris. Nous traiterons l'aspect moral de cette œuvre en parallèle avec son pendant du même auteur, le Parnasse.
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