La signification des attributs dans le contexte morale de l’œuvre.

Quand Isabelle d’Este commanda la deuxième toile pour son studiolo Minerve chassant les Vices du jardin de la Vertu, achevée l’été 1502, le thème de l’image n’était pas tiré de la mythologie. En fait ici Minerve, la déesse de la sagesse antique et la protagoniste peut dialoguer avec le « Parnasse ». Il s’agit d’une allégorie morale élaborée sur le modèle de la Psychomachie, c’est-à-dire la lutte des Vices et des Vertus incarnés par des figures de dieux. En réalité, les thèmes classiques que Mantegna aborde dans ses œuvres sont toujours le support d’une interprétation morale.

En même temps, les personnages sont arrêtés dans le mouvements qui sont faciles à interpréter. Grâce au titre, on sait exactement ce qui va se passer. Mantegna a traité les personnages dans la manière rigoureuse, il donne beaucoup de détails à leurs vêtements et attributs. Il est rigoureux dans son souci quasi-obsessionnel du détail, et un virtuose des effets illusionnistes passionné par l’Antiquité.

Déesse de la sagesse pour les anciens Romains, Minerve incarne la victoire de la raison et de la morale. Sa lance brisée indique qu’elle est sortie victorieuse de la lutte contre le Mal. Du bras gauche, la déesse de la sagesse lève son bouclier contre une nuée de cupidons en vol. La déesse, dont la chevelure ondule sous le casque, brandit une arme brisée, en signe de victoire. Mantegna a conféré à sa figure une énergie qui semble pousser hors du marais le groupe apathique des Vices.

La pointe de la lance de Minerve désigne une inscription gravée sur le bord du marais ; « Si tu chasses les vices, l’arc de Cupidon dépérira ». Dans la main de la déesse (Pallas Athéna), la hampe brisée pointe précisément la troupe des amours en vol dont les flèches réduisent l’homme, prisonnier de ses passions, à l’aveuglement et à l’ignorance. C’est la raison pour laquelle Minerve doit délivrer la Prudence, la vertu qui règle et tempère la conduite humaine.

La lance de Minerve est cassée, ce qu’il ne faut toutefois pas strictement interpréter comme un symbole de l’échec. Cela pourrait également signifier que Minerve a déjà rencontré ses ennemis. Pallas Athéna est préparée pour la bataille en étant sûre qu’elle va gagner. Alors c’est une seule déesse qui, grâce à sa fermeté morale, peut libérer la Vertu. 

Grâce à l’ouvrage intitulé « Attributs et Symboles dans l’Art Profane » écrit par Guy de Tervarent, ancien ministre diplomate et historien d’art,  on peut lire le dictionnaire des attributs et symboles dans l’art profane, notamment ceux de Minerve, déesse de la sagesse.

Et on vous invite à lire l’article « L’allégorie dans le studiolo d’Isabelle d’Este » publié dans Mitteilungen Kunsthistorischen Institutes in Florenz en 1984 et numérisé sur JSTOR, qui traite de l’allégorie dans l’oeuvre de Correggio puis dans les oeuvres qui se situaient dans le studiolo d’Isabelle d’Este en général. L’auteur Peter Porçal, professeur en Histoire de l’Art, analyse l’allégorie des passions de l’esprit humain en opposition avec l’allégorie de la Sagesse.

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La morale à travers les vertus

Dans Minerve chassant les vices du jardin de la vertu, Mantegna confronte les allégories de la vertu avec celles des vices pour en faire une oeuvre moralisatrice. Son oeuvre rappelle incontestablement la Psychomachie de Prudence, poète du 4ème siècle, qui met en scène le combat entre les figures allégoriques des vices et des vertus.

La libération du jardin se fait par la gauche du tableau grâce à l’arrivée de Minerve qui symbolise la Sagesse. A travers ce personnage, le message que l’artiste veut transmettre est qu’il faut être actif et étudier les arts. La déesse de la guerre est revêtue de son armure ainsi que de son casque et porte la lance et le bouclier. Elle s’apprête à sauver la mère des vertus enfermée dans la prison qui se trouve à l’extrême droite du tableau. En effet, nous pouvons lire sur la banderole accrochée au mur de cette prison la phrase suivante : « Au dieu, venez m’aider, moi, Mère de la Vertu. » Cette appellation désigne la Prudence, appelée aussi Discretio, car sans elle, aucune vertu ne peut exister, et fait également référence par extension à la Sagesse qui n’est pas une vertu en soi mais qui s’apparente à la Prudence. Les autres Vertus Cardinales sont représentés sur le nuage arrondi. Nous reconnaissons la Force, la Justice et la Tempérance grâce à leurs attributs respectifs, la colonne et la peau de lion, la balance et le glaive et enfin, l’acte de verser de l’eau dans un vase.

Andrea Mantegna, Minerve chassant les vices du jardin de la vertu (détail : Vertus Cardinales), v. 1500-02, huile sur toile, 159x192 cm., Paris, Musée du Louvre, département des peintures, inv. 371

Une autre banderole habille l’arbre anthropomorphe qui se situe derrière Minerve. Ces banderoles disposées astucieusement par le peintre sont indispensables à la juste compréhension du tableau. Sur celle-ci, nous pouvons lire : « Venez, divins compagnons de vertus qui revenez à nous du ciel. Expulsez de nos sièges ces monstres repoussants de vices. » Ces mots sont écrits en trois langues différentes, ce qui atteste de la nécessité d’être comprise imédiatement par le plus de monde possible. L’expression « les divins compagnons » fait référence à Minerve et ses deux compagnes qui la devancent. Nous les reconnaissons car elles vont dans le même sens que Minerve. L’une d’entre elles est représentée avec une torche éteinte dans les mains, qui matérialise l’extinction des passions. Elle symbolise la Chasteté. Certains historiens de l’art ont identifié l’arbre comme la représentation de Daphné, une numphe qui fut transformée en laurier et qui symbolise la pureté. D’autres pensent qu’il s’agit probablement d’une erreur car l’arbre se présente seulement à moitié sous les traits d’une femme même si Daphné est souvent représentée en pleine transformation.

Le BERNIN (1598-1680), Apollon et Daphné, 1622-1625, marbre, hauteur 243 cm., Rome, Galerie Borghèse

Pour poursuivre dans la continuité des éléments de la nature, nous allons maintenant nous intéresser au jardin de la vertu. Il est représenté clos, dans un espace délimité par des massifs et des arcades de buis pour souligner le fait qu’il n’est pas accessible à tout le monde. Le jardin de la vertu n’apparaît vraiment dans l’art que peu de temps après la parution de La Somme le roi, un traité sur la morale rédigé en 1279 par le dominicain Frère Lorens pour Philippe III de France. Une métaphore littéraire qu’on trouve souvent dans les textes médiévaux explique que l’Homme, ou plutôt son âme, est comme un jardin qui peut contenir soit des cultures prospères, les vertus, soit des mauvaises herbes, les vices. Chaque vertu est associée à un arbre bien spécifique. La plupart des jardins de la vertu représentés dans les peintures concernent essentiellement des sujets religieux où le Christ est entouré des sept Vertus Cardinales et Théologales. Le tableau de Mantegna figure ainsi parmi les rares exceptions où le jardin de la vertu est symbolisé dans une oeuvre profane.

Afin d’étudier un peu plus la question, je vous invite à lire cet article, publié dans la revue semestrielle Artibus et Historiae en 2003 et numérisé sur Jstor, porte sur le thème de « La Mère des Vertus ». Il traite la question de la juste mesure de l’éloge de la morale et propose une analyse de Minerve chassant les vices concernant les vertus mais aussi les vices. De plus, l’auteur Philipp P. Fehl, professeur d’Histoire de l’Art, approfondit sur la notion de discretio, ses origines et son rapport avec la vérité.

Vous pouvez également consulter « Gardens of virtue in the Middle Ages« , un article publié dans le Journal of the Warburg and Courtauld Institutes en 1978 et consultable sur JSTOR qui traite de l’iconographie des vices et des vertus ainsi que de la représentation du Jardin de la Vertu dans l’Art depuis le Moyen Age. L’auteure Ellen Kosmer, professeur en Histoire de l’Art et vice-doyen à l’Université de Worcester se base sur La Somme le roi dont nous avons parlé brièvement dans l’article.

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L’œuvre d’Andrea Mantegna comme un exemple de collaboration des arts.

Andrea Mantegna dans la Minerve chassant les Vices du jardin de la Vertu a montré l’histoire moralisante en utilisant un grande nombre d’allégories. En fait, pour bien comprendre son travail, il faut en voir plusieurs aspects. Mantegna a souligné dans cet œuvre l’importance des sciences humaines. Ses sources littéraires étaient le Songe de Polyphile (Venise 1499), et le De genealogia deorum gentilium de Boccace. En plus, le peintre a crée l’harmonie dans le studiolo d’Isabelle d’Este, par exemple en faisant le dialogue entre le Parnasee et Minerve chassant les Vices du jardin de la Vertu.

Dans le studiolo à Mantoue la musique a joué un rôle important. Elle est également visible et invisible. Les éléments musicaux apparaissent dans le Parnasse, où Apollon joue de la lyre et les Muses dansent ensemble. Dans ce cas, on peut voir et « sentir » la musique, qui semble être joyeuse, bruyante et énergique. Dans la Minerve chassant les Vices du jardin de la Vertu la présence de la musique  n’est pas si évidente mais on pourrait facilement attribuer une mélodie à cette image.

La musique était importante pour les grandes familles italiennes de la Renaissance (Médicis, Montefeltre, Gonzague). C’est pourquoi dans le studiolo, un espace de réflexion, il y avait beaucoup d’instruments musicaux, ou des décorations associées à la musique. Pour Isabelle d’Este, qui s’est nommée elle-même la mère de toutes les vertus – la prudence, la musique était un symbole de la beauté et de la perfection. On voit l’harmonie cosmique réalisée à la cour de Mantoue où les arts et notamment la musique sont florissants, sous la protection d’Isabelle et de Gianfrancesco Gonzague, dignes représentants mortels des dieux.

En même temps la nature a joué un rôle très important dans les tableaux de Mantegna. Pour satisfaire son exigeante marquise, il a déployé un soin particulier dans l’exécution de sa peinture. Le style précieux convenait a merveille au studio, l’écrin d’objets rares et raffinés. Le marais des Vices est bordé d’une flore décrite avec délicatesse et exactitude – blancs nénuphars, roseaux graciles et graminées fleuries – que l’œil embrasse au bord de la représentation avant de s’y enfoncer et survoler à l’infini le merveilleux paysage, ses champs labourés, sa rivière opaque, ses bosquets ombreux et les collines qui s’évanouissent à l’horizon. Andrea Mantegna a  transformé des citronniers en éléments d’architecture.

Pour en savoir plus à propos du rôle de la musique dans la cour italienne à la Renaissance, on peut lire l’article ; La musique du prince : figures et thèmes musicaux dans l’imaginaire de cour au XVe siècle, rédigé par Nicoletta Guidobaldi, chargée de cours en musicologie. Ce texte, publié dans « Médiévales » en 1997 et consultable dans le portail Persée, aborde le sujet de la musique au sein des œuvres artistiques et plus particulièrement l’intérêt d’Isabelle d’Este pour ce domaine, que nous saisissons en regardant le Parnasse.

Dans cet article – ICI vous trouverez les informations à propos de la nature dans l’art. Le texte évoque la représentation fréquente de citronniers et d’orangers pendant la Renaissance. L’article fut rédigé par Bernard Millet, conservateur du patrimoine français. Il parle du livre  Retour sur l’Histoire des plantes en Méditerranée de Fabio Lenzi et Luigi Berliocchi.


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Et si Minerve dissimulait une Morale?

Andrea Mantegna (Isola di Carturo, vers 1431 - Mantoue, 1506), Minerve chassant les vices du jardin de la vertu, v. 1500-02, huile sur toile, 159x192 cm., Paris, Musée du Louvre, département des peintures, inv. 371

Le sentiment de morale a inspiré au cours des siècles un grand nombre de peuples, laissant en son sens une incontestable énigme. Que représente véritablement la morale ? Sa définition, justement, varie selon les lieux. On pourrait la dire subjective.

Dans l’Italie du Rinascimento, deux grandes tendances se confondent. On pense le sentiment d’honneur comme une force morale, pour ceux aillant échappés à la corruption générale. L’honneur se traduit par un ensemble d’égoïsme, de fierté, d’ambition, de différents vices camouflés derrière l’apparence de la belle morale. Il s’agit d’une quête, sous un air de sagesse de la définition du Bien et du Mal, afin de se rassurer de ses propres actes, ses propres fautes, ses propres vices. Celle-ci est dictée par l’église catholique qui permet d’instaurer dans l’Italie, pays très religieux, une éthique général afin de porter une semblance de rigueur et de stabilité.

A ce propos, Jacob Burckhardt écrit dans La Civilisation de la Renaissance en Italie « la plus importante des conditions générales qui régissent alors la moralité de l’Italien cultivé, c’est l’imagination. C’est elle avant tout qui prête à ses vertus et à ses vices leur couleur particulière, c’est sous son empire que l’égoïsme déchaîné porte ses fruits. »

C’est pourquoi le studiolo d’Isabelle D’Este en est paradoxal.

Isabelle D’Este, femme de la renaissance, haut placée, cultivée et donc considérée à l’égale de l’homme, tente de faire de son studiolo, dans un premier temps une allégorie du Bien et du Mal sous les apparences mythologiques du combat de la vertu sur les vices, mais aussi de se représenter, au sein de cette allégorie, comme femme vertueuse.

Dans le tableau de 1502, Minerve chassant les vices du jardin des vertus, Andrea Mantegna suivant la commande de la marquise, illustre la force morale dans une allégorie dont l’iconographie et les détails portent à confusions.

Minerve, appelée aussi Pallas ou Athéna, est l’une des douze divinités olympiennes. Fille de Jupiter et de Métis, elle naît selon la légende, de la tête de son père en armure et casqué. C’est une déesse guerrière, protectrice de plusieurs cités grecques, dont Athènes, elle prend aussi part à la guerre de Troie du côté grec. Minerve symbolise la chasteté, la prudence et la sagesse, d’où sa place dans l’œuvre de Mantegna.

Le thème mythologique permet de faire passer des idéaux, des mœurs et justement une morale, sans heurter pour autant la sensibilité des contemporains. Il semblerait qu’Isabelle d’Este ait voulu se représenter dans le personnage de Minerve, elle aussi protectrice des arts et des sciences, défendant dans le tableau les trois vertus cardinales des vices. Si c’est le cas, l’allégorie aurait encore plus de sens, et il faudrait se demander quelle est la réelle signification des différents aspects du tableau.

Andrea Manegna - Allégorie du Vice et de la Vertu, 1490, 28,6 x 44,1 cm, Royaume-Uni, Londres, British Museum

Pour ce qui est de la représentation des vices et de la vertu, il serait essentiel d’évoquer la caractéristique primordiale de l’œuvre d’Andrea Mantegna, l’imagination. Sa représentation des vices est très particulière, se rapprochant par leur singularité des étranges personnages hybrides de Jérôme Bosch. Nous retrouvons ici l’Oisiveté tirée par l’Inertie, la Luxure, symbolisée par la Vénus terrestre, qui est postée sur la croupe du centaure, l’Avarice et l’Ingratitude portant l’Ignorance couronnée et la Haine immortelle qui porte les semences du mal. Andrea Mantegna a peint une autre allégorie des vices et des vertus en 1490, exposé aujourd’hui au British Museum, à Londres. (voir ci-dessus)

Giulio Romano - Apollon et Minerve mettant les vices en fuite - encre brune, mine de plomb, papier lavé de beige, plume (dessin) - 44,8x66,9 cm - Paris, musée du Louvre,

Le sujet en soi de Minerve chassant les vices du jardin de la vertu a été peu représenté. Giulio Romano(1499-1546) peintre, architecte et décorateur maniériste a effectué un dessin de Apollon et Minerve mettant les vices en fuite. Alors que les représentions des allégories du vice et de la vertu sont plus communes comme celle de Paolo Véronèse (1528-1588), de Lorenzo Lotto (1480-1556) mais aussi du peintre maniériste Federico Zuccaro (1542-1609) dont on peut voir les reproductions ci joint.

Veronese - Allegorie de la vertu et du vice - 1580 - 219 x 170 cm - Frick collection New York

Lorenzo Lotto - Allégorie de la Vertu et du Vice - 1505 - Huile sur bois - 56x42cm - Washington, National Gallery of Art

Federico ZUCCARO - Allégorie des Vices, un jeune homme entrant dans le Jardin des Plaisirs - Encre brune, pierre noire, plume (dessin), rehauts de blanc, sanguine - 23,6x36,6 cm - Paris, musée du Louvre

Pour completer le sujet abordé ici, voilà ci-joint un article Moral Stance in Italian Renaissance Art : Image, Text and Meaning rédigé par Joseph Manca, président du département d’Histoire de l’Art de la Rice University à Houston (Texas). L’article, publié dans la revue semestrielle Artibus et Historiae par l’Institut of Art Historical Research (IRSA) en 2001, porte sur la place de la morale dans la Renaissance Italienne et de la manière dont les artistes la représentent grâce au traitement des corps et de leurs positions inspirées du contrapposto des sculptures grecques antiques. L’étude repose sur un ensemble de texte et d’images.

Le second article Transformations of Minerva in Renaissance Imagery rédigé par l’historien d’art allemand, Rudolf Wittkower, parut dans le Journal of the Warburg Institute en 1939. Il porte sur les différentes acceptions associées à l’image de Minerve dans la peinture italienne pendant la Renaissance, du personnage de Minerve symbolisant la Sagesse et la Paix à celle qui diffuse la Pudeur.

(Les deux articles sont disponible sur Jstor.)

En fin, sur le portail de Persée, vous pouvez trouver un article concernant la représentation des vices dans la peinture, en particulier celui de l’avarice.  « L’avarice en images : mutations d’une représentation » se trouve dans la revue « Seizième siècle » qui est publiée par la Société Française d’Etudes du Seizième Siècle (SFDES) ayant pour vocation de regrouper tous ceux qui se passionnent pour le XVIe siècle français et la Renaissance dans leurs divers aspects culturels et intellectuels. Le texte ecrit par Philippe Hamon, universitaire de Littérature et essayiste français, est apparu en 2008 dans le numéro 4 de la revue. (Pages 11 -34).

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Les allégories du Parnasse

Andrea Mantegna, Le Parnasse, v. 1496-1497, huile sur toile, 159x192 cm., Paris, Musée du Louvre, département des Peintures, inv. 370

Mars et Vénus, dit Le Parnasse, fut la toute première oeuvre commandée par Isabelle d’Este pour son studiolo et fut l’unique peinture exposée pendant cinq ans. Il célèbre les amours illicites de Mars et Vénus dont l’union donna naissance à Cupidon. L’évocation de ces amours était perçue par les contemporains comme une allusion au couple formé par François II et Isabelle d’Este. Le peintre reprend un sujet mythologique classique pour en faire une allégorie de l’Amour.

Au centre de la peinture, debouts sur un rocher en forme d’arc, nous reconnaissons Mars et Vénus représentés selon l’iconographie traditionnelle. Vénus est représentée nue, les cheveux détachés,  aux côtés de Mars recouvert de son armure et portant ses attributs tels que le bouclier, le casque et la lance. L’union de ces deux personnages forme une discordia concors qui signifie « discorde concordante ». En effet, Vénus est la déesse de l’Amour et de la Beauté tandis que Mars est le dieu de la Guerre. Ces personnages sont donc antagonistes par principe mais leur union donne naissance à une harmonie. A droite, cupidon tient d’une main un arc sans flèche et de l’autre une sarbacane avec laquelle il tente de viser les organes génitaux de Vulcain, évincé dans ses forges à l’arrière plan gauche et exprimant sa colère.

Au premier plan, nous distinguons Apollon jouant de la lyre et accompagné des neufs muses ambassadrices des arts. Elles dansent en cercle au pied de l’arc et tournent leurs regards vers les différents personnages de la scène.  A leur droite, Mercure se tient debout accompagné de son cheval Pégase. Il est également représenté avec ses attributs ordinaires qui sont les bottes ailés et le caducée. Mercure symbolise la sagesse qui mène à la vertu grâce à la connaissance. A ses pieds, nous reconnaissons la source Hippocrène qui coule du Mont Hélicon et qui est directement liée à Pégase. En effet, c’est d’un coup de sabot qu’il la fit jaillir. Cette source est également associée aux Muses car elle est devenue le lieu emblématique de la création artistique et permettrait de donner l’inspiration poétique. Ainsi, il n’est pas rare de voir les Muses et Pégase représentés autour de la source Hippocrène comme l’illustre ces deux exemples.

Joos de Momper, L'Hélicon ou la visite de Minerve aux Muses, (non daté), huile sur panneau, 140x199cm., Anvers, Musée Royal des Beaux-Arts

René Antoine Houasse, Minerve sur le Parnasse, entre 1689 et 1706, huile sur toile, 130x184cm., Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon

Enfin, nous pouvons distinguer trois animaux peints sur l’herbe sèche. Les lièvres symbolisent la luxure tandis que l’écureuil rappelle que la sagesse humaine, sans la connaissance divine, ne peut suffir à atteindre la vraie vertu.

En cliquant sur ce lien, vous pourrez accéder à un article rédigé en italien par Giulia Masone, rédactrice scientifique pour Iconos, qui propose une analyse du Parnasse accompagnée du cartel de l’œuvre ainsi que de sa bibliographie. Elle évoque rapidement le contexte de création de l’oeuvre ainsi que son historique tout en rappelant la difficulté d’interprétation de cette oeuvre.

Et si vous voulez en savoir plus sur les origines et les mythes liés à Pégase, vous pouvez lire les deux articles suivants : « Si Pégase m’était conté » et « Pégase en symboles« . Ils ont été rédigés par une blogueuse qui  consacre son blog toujours d’actualité à la poésie.

Vous pouvez également trouver une description détaillée des neuf Muses qui recense leurs noms ainsi que les arts auxquels elles sont associées grâce au texte intitulé « Les Muses » rédigé par Jacques Taravella, professeur de Lettres.

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Isabelle d’Este, Mécène et protectrice des Arts.

Tiziano Vecellio dit Titien, Portait de Isabelle d'Este, 1536, 102 × 64 cm, huile sur toile, Vienne, Kunsthistorisches Museum

Dans l’Italie du 15e siècle, le pouvoir et la culture cohabitent. Divisée en principautés et duchés, la péninsule est un champ de bataille consacré aux luttes des grandes dynasties italiennes : Médicis et Strozzi à Florence, Montefeltre à Urbino, les Estes à Ferrare et les Gonzague à Mantoue…

La famille Gonzague est, dans la seconde moitié du 15e siècle, un exemple de sagesse et de solidarité. Le marquis François II de Gonzague, fils de Frederic Ier de Mantoue, alors Condottiere, s’unit en 1490 à la princesse Isabelle d’Este.

Isabelle d’Este (1474 – 1539) s’inscrit dans le quattrocento comme mécène et protectrice des arts, a Mantoue, formant un couple avec François II tout à fait respectable et loyal, contrairement a la tendance de leurs contemporains.

Entourée à sa cour des plus grands peintres et écrivains, elle constitua une petite, mais très précieuse, collection de peintures. Ses nombreux portraits témoignent de sa grande beauté, tandis que sa correspondance révèle sa connaissance des arts et son talent d’observation.

Peu après son mariage, la marquise de Mantoue entreprend l’aménagement, dans le piano nobile (étage noble) du palais ducal de Mantoue, il Castello si San Giorgio, une sorte de cabinet de travail, du nom de Studiolo.

Elle passe alors une commande de quatre tableaux monumentaux sur le thème de la victoire des vertus sur les vices pour son studiolo, au peintre de la cours de Mantoue, Andrea Mantegna. Le peintre déjà âgé réalise entre 1496 et 1497 Le Parnasse, puis Minerve chassant les vices du jardin des vertus entre 1500 et 1502, aujourd’hui conservés tous deux au Musée du Louvre à Paris. À la mort du peintre en 1506, la commande est transmise au nouveau peintre en vogue à la cours, Lorenzo Costa, livrant en 1506 Isabelle d’Este dans le royaume d’Amour et en 1511 Le règne de Comus.

Leonard de Vinci, Portrait de femme de profil tournée vers la gauche dite "Isabelle d'Este", 1499, 63x46 cm, Musée du Louvre, Paris

Afin d’alimenter sa collection, Isabelle d’Este sollicita des peintres comme Giovanni Bellini ou Leonard De Vinci (dont on peut voir un portrait ci-contre). Elle obtiendra pour son Studiolo en 1506 de le Pérugin Le combat de l’amour et de la chasteté, ainsi qu’en 1530, deux allégories du peintre Corrège, l’Allégorie des Vertus et l’Allégorie des Vices.

Comme nous pouvons le voir à travers les titres des œuvres mentionnées, il semblerait qu’il y ait eu une thématique bien précise abordée par les peintres du Studiolo d’Isabelle d’Este. L’histoire ne dit pas qu’il y ait eu un programme iconographique prédéfinit autre que la sublimation des vertus face aux vices mais il paraîtrait cohérent que, derrière ces différents chefs d’œuvres se cache un idéal de moral que voudrait glorifier la marquise de Mantoue, Isabelle d’Este.

Vous trouverez ici une contre-analyse du studiolo d’Isabelle dans l’ouvrage intitulé The rediscovery of antiquity: the role of the artist et rédigé sous la direction de Jane Fejfer, enseignante à l’Université de Copenhague. L’auteur Beth Cohen, archéologue américaine spécialisée dans l’Antiquité classique, démontre que ce studiolo occupait une place importante dans le domaine des arts grâce à son style antique et à l’iconographie privilégiée par les Gonzague.

Ainsi qu’une description du Studiolo à travers le cartel des tableaux de Mantegna pour l’exposition qui a eu lieu en 2008 au Musée du Louvre. Le texte a été rédigé par Arturo Galansino, collaborateur scientifique au département des Peintures du musée du Louvre, et par Dominique Thiébaut, conservateur général au département des Peintures du musée du Louvre.

Vous pouvez aussi découvrir l’extrait d’un ouvrage s’intitulant Virtue, liberty, and toleration: political ideas of European women, 1400-1800 qui se présente comme un recueil d’articles, rédigé sous la direction de Jacqueline Broad et Karen Green, toutes deux enseignantes au département de philosophie et de bioéthique à l’Université Monash en Australie. L’auteur, Carolyn James, maître de conférences en études italiennes à l’Université Monash, traite des valeurs morales défendues par Isabelle d’Este à travers les oeuvres de son studiolo.

Rose Marie San Juan, professeur agrégée au département d’Histoire de l’Art, d’Arts visuels, et de Théorie à l’Université de Colombie-Britannique publie en 1991 un article dans l’Oxford Art Journal sur le très controversé personnage d’Isabelle d’Este.  C’est un article très intéressant qui explore la démarche de la marquise pour le Studiolo : Soumise à de nombreuses représentations négatives, elle tente de revendiquer son statut de femmeElle fait construire son studiolo qu’elle décore de tableaux soigneusement choisis. Ces oeuvres dissimulent des significations sous-jacentes qui échappent à la censure pratiquée par la Cour de Mantoue, et notamment son époux. Certains disent que la Vénus du Parnasse peint par Mantegna représentait Isabelle d’Este évoquant la chasteté. Dans une quête d’idéalisation de son image, elle aurait alors décidée de faire peindre Minerve chassant les vices par le même peintre où la chasteté est associée à l’apprentissage. L’article est consultable sur JSTOR

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Biographie d’Andrea Mantegna

 

Giorgio Vasari - Gravure représentant, inversé, le buste de Mantegna sur son tombeau à Saint-André de Mantoue.

Peintre italien de la Renaissance, Andrea Mantegna, deuxième fils d’un pauvre bûcheron nommé Biagio, naît à Isola di Carturo, près de Vicence en République de Venise. Il entre à l’âge de dix ans comme apprenti dans un atelier à Padoue et est adopté en 1442 par Francesco Squarcione qui lui apprend la sculpture romaine, le latin et la perspective. Dès l’âge de dix-sept ans, Mantegna reçoit sa première commande de fresques pour la chapelle Ovetari de l’église des Eremitani L’artiste et y démontre l’influence majeure de l’Antiquité sur son œuvre par la fermeté et la solennité des figures ainsi que celle des peintres florentins comme Paolo Ucello ou Donatello.

 Également marqué par l’œuvre de Jacopo Bellini, dont il épouse la fille Nicolosia en 1453, il réalise le porche d’entrée de l’église Sant’ Antonio à Padoue et peint un grand retable pour l’église San Zeno Maggiore de Vérone, dont La crucifixion du Louvre qui constitue la pièce centrale. Nommé artiste de cour par le marquis Louis III de Gonzague en 1960, il s’installe à Mantoue, où il peint un chef-d’œuvre : la « Chambre des époux », une série de fresques révélant des scènes de la vie quotidienne de la famille Gonzague, située au cœur du château Saint George de Mantoue. A la demande du pape Innocent VIII, le peintre décore de fresques le belvédère d’une chapelle au Vatican en 1488. Deux ans plus tard, il retourne à Mantoue et poursuit son travail avec les deux peintures du triomphe de Jules César et la fameuse Lamentation au-dessus du Christ mort. La marquise Isabelle d’Este le charge ensuite de transcrire les thèmes mythologiques dans des peintures destinées au Palais Ducal.

L’influence de Mantegna est considérable sur l’art italien de son époque, comme le prouvent les premières œuvres de Bellini, d’Albrecht Dürer, du Corrège et l’intervention des motifs floraux dans l’art de Léonard de Vinci.

Andréa Mantegna meurt alors à Mantoue, le 13 septembre 1506. Et en 1516,un superbe monument est alors placé en son honneur par ses fils dans l’église Sant’Andrea, où il avait peint le retable de la chapelle mortuaire dont le dôme fut décoré par Le Corrège.

Timbre Italien représentant le portrait d'Andréa Mantegna

« Art: A Genius Obsessed By Ston » est un article en anglais, publié dans le magazine Time, qui parle de la vie et de la création artistique d’Andrea Mantegna. Il fut rédigé par Robert Hughes en 1992, juste avant l’exposition des œuvres de l’artiste au Metropolitan Museum of Art a New York.

Ces informations sont également accessible sur l’encyclopédie en ligne Britannica, dans l’article intitulé « Andrea Mantegna » publié par Wendy Stedman Sheard, historienne de l’art et auteur du livre Antiquity in the Renaissance.

Ainsi que l’article de l’Encyclopédie Universalis qui retrace la vie du peintre Mantegna en la divisant en quatre periodes distinct. Cet article fut écrit par l’historien d’art italien Pietro Zampetti.

Enfin, vous pouvez lire la biographie de l’artiste extrait des Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes de Girogio Vasari qui est proposé par un site en anglais consacré aux biographies d’artistes. 

On vous recommande de regarder la vidéo intitulée  The Genius of Andrea Mantegna   pour mieux connaitre la vie d’Andrea Mantegna. Le conservateur du Metropolitan Museum of Art à New York, Keith Christiansen présente, en anglais, ce grand artiste dans l’émission Sunday at the Met.

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