La morale à travers les vertus

Dans Minerve chassant les vices du jardin de la vertu, Mantegna confronte les allégories de la vertu avec celles des vices pour en faire une oeuvre moralisatrice. Son oeuvre rappelle incontestablement la Psychomachie de Prudence, poète du 4ème siècle, qui met en scène le combat entre les figures allégoriques des vices et des vertus.

La libération du jardin se fait par la gauche du tableau grâce à l’arrivée de Minerve qui symbolise la Sagesse. A travers ce personnage, le message que l’artiste veut transmettre est qu’il faut être actif et étudier les arts. La déesse de la guerre est revêtue de son armure ainsi que de son casque et porte la lance et le bouclier. Elle s’apprête à sauver la mère des vertus enfermée dans la prison qui se trouve à l’extrême droite du tableau. En effet, nous pouvons lire sur la banderole accrochée au mur de cette prison la phrase suivante : « Au dieu, venez m’aider, moi, Mère de la Vertu. » Cette appellation désigne la Prudence, appelée aussi Discretio, car sans elle, aucune vertu ne peut exister, et fait également référence par extension à la Sagesse qui n’est pas une vertu en soi mais qui s’apparente à la Prudence. Les autres Vertus Cardinales sont représentés sur le nuage arrondi. Nous reconnaissons la Force, la Justice et la Tempérance grâce à leurs attributs respectifs, la colonne et la peau de lion, la balance et le glaive et enfin, l’acte de verser de l’eau dans un vase.

Andrea Mantegna, Minerve chassant les vices du jardin de la vertu (détail : Vertus Cardinales), v. 1500-02, huile sur toile, 159x192 cm., Paris, Musée du Louvre, département des peintures, inv. 371

Une autre banderole habille l’arbre anthropomorphe qui se situe derrière Minerve. Ces banderoles disposées astucieusement par le peintre sont indispensables à la juste compréhension du tableau. Sur celle-ci, nous pouvons lire : « Venez, divins compagnons de vertus qui revenez à nous du ciel. Expulsez de nos sièges ces monstres repoussants de vices. » Ces mots sont écrits en trois langues différentes, ce qui atteste de la nécessité d’être comprise imédiatement par le plus de monde possible. L’expression « les divins compagnons » fait référence à Minerve et ses deux compagnes qui la devancent. Nous les reconnaissons car elles vont dans le même sens que Minerve. L’une d’entre elles est représentée avec une torche éteinte dans les mains, qui matérialise l’extinction des passions. Elle symbolise la Chasteté. Certains historiens de l’art ont identifié l’arbre comme la représentation de Daphné, une numphe qui fut transformée en laurier et qui symbolise la pureté. D’autres pensent qu’il s’agit probablement d’une erreur car l’arbre se présente seulement à moitié sous les traits d’une femme même si Daphné est souvent représentée en pleine transformation.

Le BERNIN (1598-1680), Apollon et Daphné, 1622-1625, marbre, hauteur 243 cm., Rome, Galerie Borghèse

Pour poursuivre dans la continuité des éléments de la nature, nous allons maintenant nous intéresser au jardin de la vertu. Il est représenté clos, dans un espace délimité par des massifs et des arcades de buis pour souligner le fait qu’il n’est pas accessible à tout le monde. Le jardin de la vertu n’apparaît vraiment dans l’art que peu de temps après la parution de La Somme le roi, un traité sur la morale rédigé en 1279 par le dominicain Frère Lorens pour Philippe III de France. Une métaphore littéraire qu’on trouve souvent dans les textes médiévaux explique que l’Homme, ou plutôt son âme, est comme un jardin qui peut contenir soit des cultures prospères, les vertus, soit des mauvaises herbes, les vices. Chaque vertu est associée à un arbre bien spécifique. La plupart des jardins de la vertu représentés dans les peintures concernent essentiellement des sujets religieux où le Christ est entouré des sept Vertus Cardinales et Théologales. Le tableau de Mantegna figure ainsi parmi les rares exceptions où le jardin de la vertu est symbolisé dans une oeuvre profane.

Afin d’étudier un peu plus la question, je vous invite à lire cet article, publié dans la revue semestrielle Artibus et Historiae en 2003 et numérisé sur Jstor, porte sur le thème de « La Mère des Vertus ». Il traite la question de la juste mesure de l’éloge de la morale et propose une analyse de Minerve chassant les vices concernant les vertus mais aussi les vices. De plus, l’auteur Philipp P. Fehl, professeur d’Histoire de l’Art, approfondit sur la notion de discretio, ses origines et son rapport avec la vérité.

Vous pouvez également consulter « Gardens of virtue in the Middle Ages« , un article publié dans le Journal of the Warburg and Courtauld Institutes en 1978 et consultable sur JSTOR qui traite de l’iconographie des vices et des vertus ainsi que de la représentation du Jardin de la Vertu dans l’Art depuis le Moyen Age. L’auteure Ellen Kosmer, professeur en Histoire de l’Art et vice-doyen à l’Université de Worcester se base sur La Somme le roi dont nous avons parlé brièvement dans l’article.

A propos mantegna13

Nous sommes quatre étudiantes en deuxième année de Licence d'Histoire de l'Art à la Sorbonne Paris 1. Dans le cadre d'un cours de Ressources Numériques inclus dans notre programme, nous avons pris l'initiative de créer un blog sur le tableau d'Andrea Mantegna intitulé Minerve chassant les vices du jardin de la vertu et conservé au Musée du Louvre à Paris. Nous traiterons l'aspect moral de cette œuvre en parallèle avec son pendant du même auteur, le Parnasse.
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